30/06/2004

" Les Adieux " de François-René de Châteaubriand (1768-1848)

Le temps m'appelle : il faut finir ces vers.
A ce penser défaillit mon courage.
Je vous salue, ô vallons que je perds !
Ecoutez-moi : c'est mon dernier hommage.
Loin, loin d'ici, sur la terre égaré,
Je vais traîner une importune vie ;
Mais quelque part que j'habite ignoré,
Ne craignez point qu'un ami vous oublie.
Oui, j'aimerai ce rivage enchanteur,
Ces monts déserts qui remplissaient mon coeur
Et de silence et de mélancolie ;
Surtout ces bois chers à ma rêverie,
Où je voyais, de buisson en buisson,
Voler sans bruit un couple solitaire,
Dont j'entendais, sous l'orme héréditaire,
Seul, attendri, la dernière chanson.
Simples oiseaux, retiendrez-vous la mienne ?
Parmi ces bois, ah ! qu'il vous en souvienne.
En te quittant je chante tes attraits,
Bord adoré ! De ton maître fidèle
Si les talents égalaient les regrets,
Ces derniers vers n'auraient point de modèle.
Mais aux pinceaux de la nature épris,
La gloire échappe et n'en est point le prix.
Ma muse est simple, et rougissante et nue ;
Je dois mourir ainsi que l'humble fleur
Qui passe à l'ombre, et seulement connue
De ces ruisseaux qui faisaient son bonheur.



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29/06/2004

" Du Merveilleurs Effet de son Amour " de Guillaume Des Autelz (1529-1581)

De moy elle a, et d'elle j'ay la vie,
La vie moy ? mais, las, j'ay la mort d'elle,
Qui toutesfois auray vengeance telle
Que par sa mort ma mort sera suyvie :

L'on diroit bien qu'elle a brulante envie
De m'estre douce, autant qu'elle est rebelle,
Car si je ris, elle rit (l'infidele)
Et mon pleurer à pleurer la convie :

Mais tant en vain ce qui me suyt, je suys,
Que hors d'espoir de l'aprocher je suis,
Ja tout seiché, et de sang, et de pleur :

Que reste plus sinon qu'un dieu propice
Pour couronner son prêtre au sacrifice,
D'un homme mort face une vive fleur ?


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28/06/2004

" Ballade " d'Antoinette Deshoulières (1638-1694)

À caution tous amants sont sujets :
Cette maxime en ma tête est écrite.
Point n'ai de foi pour leurs tourments secrets ;
Point auprès d'eux n'ai besoin d'eau bénite,
Dans coeur humain probité plus n'habite
Trop bien encore a-t-on les mêmes dits
Qu'avant qu'astuce au inonde fût venue ;
Mais, pour d'effets, la mode en est perdue :
On n'aime plus comme on aimait jadis.

Riches atours, table, nombreux valets,
Font aujourd'hui les trois quarts du mérite.
Si des amants soumis, contents, discrets,
Il est encor, la troupe en est petite :
Amour d'un mois est amour décrépite.
Amours brutaux sont les plus applaudis.
Soupirs et pleurs feraient passer pour grue ;
Faveur est dite aussitôt qu'obtenue,
On n'aime plus comme on aimait jadis.

Jeunes beautés en vain tendent filets ;
Les jouvenceaux, cette engeance maudite,
Font bande à part ; près des plus doux objets,
D'être indolent chacun se félicite.
Nul en amour ne daigne être hypocrite ;
Ou si, parfois, un de ces étourdis
À quelques soins s'abaisse et s'habitue,
Don de merci seul il n'a pas en vue ;
On n'aime plus comme on aimait jadis.

Tous jeunes coeurs se trouvent ainsi faits.
Telle denrée aux folles se débite,
Coeurs de barbons sont un peu moins coquets ;
Quand il fut vieux le diable fut ermite,
Mais rien chez eux à tendresse n'invite ;
Par maints hivers désirs sont refroidis ;
Par maux fréquents humeur devient bourrue.
Quand une fois on a tête chenue,
On n'aime plus comme on aimait jadis.

ENVOI

Fils de Vénus, songe à tes intérêts ;
Je vois changer l'encens en camouflets :
Tout est perdu si ce train continue.
Ramène-nous le siècle d'Amadis.
Il t'est honteux qu'en cour d'attraits pourvue,
Où politesse au comble est parvenue,
On n'aime plus comme on aimait jadis

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26/06/2004

" The Laws of God, the laws of man " d'Alfred Edward Housman (1859-1936)

The laws of God, the laws of man,
He may keep that will and can;
Not I: let God and man decree
Laws for themselves and not for me;
And if my ways are not as theirs
Let them mind their own affairs.
Their deeds I judge and much condemn,
Yet when did I make laws for them?
Please yourselves, say I, and they
Need only look the other way.
But no, they will not; they must still
Wrest their neighbor to their will,
And make me dance as they desire
With jail and gallows and hell-fire.
And how am I to face the odds
Of man’s bedevilment and God’s?
I, a stranger and afraid
In a world I never made.
They will be master, right or wrong;
Though both are foolish, both are strong.
And since, my soul, we cannot fly
To Saturn nor to Mercury,
Keep we must, if keep we can,
These foreign laws of God and man.

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25/06/2004

"La Mort des Amants" in "Les Fleurs du Mal"de Charles Baudelaire

 
Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ;


Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.


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23/06/2004

" Anna " de Neige (cfr Blogs)

C'est vrai Anna, tu sais Anna,
En ce temps là,
Dans ces villages là,
On ne pardonnait pas,
Une ventre rond, sans bague au doigt.
 
Quand tu t'agenouillais,
Là au pied de la croix,
Tu demandais à Dieu,
Qu'Il t'arrache à leurs doigts,
Qu'Il entrouvre les cieux,
Qu'Il t'arrache à leurs voix,
Qui t'entraient dans le dos,
Et te faisait si mal,
Qu'entre larmes et sanglots,
Tu voulais mourir là.
 

Quand les chiens aboyaient,
Le soir dans la montagne,
Les hommes du village,
De leur poing te montraient,
Et toutes ces femmes en noir,
Confites dans leur bon droit,
Qui passaient sans te voir,
Sans même l'espoir d'un geste,
Qu'entre messe et confesse,
Elles auraient fait pour toi.
 
Et quand tu te couchais,
La nuit tu en pleurais,
Les mains sur ton péché,
Comme pour le protéger,
Tu inventais des lois,
Qui ne condanneraient pas,
Tu demandais à Dieu,
Qu'Il leur pardonne à eux,
Qu'entre haine et colère,
Ils entendent ta prière.
 
C'est vrai Anna, tu sais Anna,
En ce temps là,
Dans ces villages là,
On ne pardonnait pas,
Un ventre rond, sans bague au doigt.




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22/06/2004

" If " de Rudyard Kipling

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you;
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or, being lied about, don't deal in lies,
Or, being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise;

If you can dream - and not make dreams your master;
If you can think - and not make thoughts your aim;
If you can meet with triumph and disaster
And treat those two imposters just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build 'em up with wornout tools;

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breath a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: "Hold on";

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with kings - nor lose the common touch;
If neither foes nor loving friends can hurt you;
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds' worth of distance run -
Yours is the Earth and everything that's in it,
And - which is more - you'll be a Man my son!


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21/06/2004

"N'est-ce pas, mon amour, que la nuit est bien lente" in "Toute la Lyre" de Victor Hugo


N'est-ce pas, mon amour, que la nuit est bien lente
Quand on est au lit seule et qu'on ne peut dormir ?
On entend palpiter la pendule tremblante,
Et dehors les clochers d'heure en heure gémir.
L'esprit flotte éveillé dans les rêves sans nombre.
On n'a pas, dans cette ombre où manque tout soleil,
Le sommeil pour vous faire oublier la nuit sombre,
Ni l'amour pour vous faire oublier le sommeil.


 
 


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20/06/2004

"Absinthe" auteur anonyme

Douce liqueur qui pénètre mon esprit
L’antidote a mon absence de pensée
Maîtresse de ma main sur ce papier
Ces mots que sans toi je n’aurais écrit

La muse verte interdite en ces lieux
Amie des poètes en temps de détresse
Puissance de la thuyone qui caresse
Le cerveau des incrédules si pieux

Petite gorgée, départ pour le fantastique
S’écoule dans ma gorge le poison banni
Délicate senteur au fameux goût d’anis
Porte mon âme dans un endroit féerique

Pénètre le sucre cette vague glaciale
Mélange subtil pour une fusion parfaite
Arrive l’heure verte, la dégustation est faite
Rituel journalier pour une inspiration optimale

Le grand van Gogh en a fait son breuvage
Dénigrée, considérée comme meurtrière
De tous ces hommes qu’elle a ravis naguère
Rendant le plus sensé, un être sauvage

Noie mon palet de tes substances raffinées
De la fenouil, de l’hysope ou de la mélisse
Restera à mon goût toujours un pur délice
Tel l’amour d’une femme que l’on a consumé

Oh absinthe envahis ce verre d’illusion
Que je puisse enfin m’évaporer de ce monde
Ressentir en moi ces différentes ondes
Sur le chemin des rêves et des hallucinations

 

Concurrente qui pénètre ton esprit
Je te jalouse maîtresse en ces mains
Tu es sa muse dans sa vie dans ces écrits
Délicate étanche sa soif sans fin

Du gout sucré atteint l’apogée
Quand l’heure bleue vient a sonner
De mon amour tu t’es emparée
Comme une sorcière bande dessinée

Je me rassure respire
La fin je viens de lire
Enfin ton verre se vide je suis tout sourire
Car si tu…. n’imaginons point le pire

Ton texte est sublime fabuleux
Tes mots choisis harmonieux
Tu es un poète merveilleux
Qui rend mon cœur heureux

 





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18/06/2004

"Carpe Diem" in Ode I-XI de Quintus Horatius Faccus


Tu ne quaesieris - scire nefas - quem mihi, quem tibi
finem di dederint, Leuconoë, nec Babylonios
temptaris numeros. ut melius, quicquid erit, pati!
seu plures hiemes, seu tribuit Iuppiter ultimam,
quae nunc oppositis debilitat pumicibus mare
Tyrhenum. Sapias, vina liques, et spatio brevi
spem longam reseces. dum loquimur, fugerit invida
aetas: carpe diem, quam minimum credula postero.


 
 

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17/06/2004

"Delphine et Hyppolite" in "Les Fleurs du Mal" de Charles Baudelaire

À la pâle clarté des lampes languissantes,
Sur de profonds coussins tout imprégnés d'odeur,
Hippolyte rêvait aux caresses puissantes
Qui levaient le rideau de sa jeune candeur.

Elle cherchait, d'un oeil troublé par la tempête,
De sa naïveté le ciel déjà lointain,
Ainsi qu'un voyageur qui retourne la tête
Vers les horizons bleus dépassés le matin.

De ses yeux amortis les paresseuses larmes,
L'air brisé, la stupeur, la morne volupté,
Ses bras vaincus, jetés comme de vaines armes,
Tout servait, tout parait sa fragile beauté.

Étendue à ses pieds, calme et pleine de joie,
Delphine la couvait avec des yeux ardents,
Comme un animal fort qui surveille une proie,
Après l'avoir d'abord marquée avec les dents.

Beauté forte à genoux devant la beauté frêle,
Superbe, elle humait voluptueusement
Le vin de son triomphe, et s'allongeait vers elle,
Comme pour recueillir un doux remercîment.

Elle cherchait dans l'oeil de sa pâle victime
Le cantique muet que chante le plaisir,
Et cette gratitude infinie et sublime
Qui sort de la paupière ainsi qu'un long soupir.

- "Hippolyte, cher coeur, que dis-tu de ces choses?
Comprends-tu maintenant qu'il ne faut pas offrir
L'holocauste sacré de tes premières roses
Aux souffles violents qui pourraient les flétrir?

"Mes baisers sont légers comme ces éphémères
Qui caressent le soir les grands lacs transparents,
Et ceux de ton amant creuseront leurs ornières
Comme des chariots ou des socs déchirants;

"Ils passeront sur toi comme un lourd attelage
De chevaux et de boeufs aux sabots sans pitié...
Hippolyte, ô ma soeur! tourne donc ton visage,
Toi, mon âme et mon coeur, mon tout et ma moitié,

"Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles!
Pour un de ces regards charmants, baume divin,
Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles
Et je t'endormirai dans un rêve sans fin!"

Mais Hippolyte alors, levant sa jeune tête:
- "Je ne suis point ingrate et ne me repens pas,
Ma Delphine, je souffre et je suis inquiète,
Comme après un nocturne et terrible repas.

"Je sens fondre sur moi de lourdes épouvantes
Et de noirs bataillons de fantômes épars,
Qui veulent me conduire en des routes mouvantes
Qu'un horizon sanglant ferme de toutes parts.

"Avons-nous donc commis une action étrange?
Explique, si tu peux, mon trouble et mon effroi:
Je frissonne de peur quand tu me dis: 'Mon ange!'
Et cependant je sens ma bouche aller vers toi.

"Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée!
Toi que j'aime à jamais, ma soeur d'élection,
Quand même tu serais une embûche dressée
Et le commencement de ma perdition!"

Delphine secouant sa crinière tragique,
Et comme trépignant sur le trépied de fer,
L'oeil fatal, répondit d'une voix despotique:
- "Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer?

"Maudit soit à jamais le rêveur inutile
Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté!

"Celui qui veut unir dans un accord mystique
L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
Ne chauffera jamais son corps paralytique
À ce rouge soleil que l'on nomme l'amour!

"Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide;
Cours offrir un coeur vierge à ses cruels baisers;
Et, pleine de remords et d'horreur, et livide,
Tu me rapporteras tes seins stigmatisés...

"On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître!"
Mais l'enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain: "Je sens s'élargir dans mon être
Un abîme béant; cet abîme est mon coeur!

"Brûlant comme un volcan, profond comme le vide!
Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
Et ne rafraîchira la soif de l'Euménide
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang.

"Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos!
Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde
Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux!"

- Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l'enfer éternel!
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,

Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage.
Ombres folles, courez au but de vos désirs;
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.

Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.

L'âpre stérilité de votre jouissance
Altère votre soif et roidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.

Loin des peuples vivants, errantes, condamnées,
À travers les déserts courez comme les loups;
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l'infini que vous portez en vous!


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14/06/2004

" Cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire " de Joachim du Bellay (1522-1560)

 
Cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire :
Pour ce qu'en médisant on dit la vérité,
Et louant, la faveur, ou bien l'autorité,
Contre ce qu'on en croit, fait bien souvent écrire.


Qu'il soit vrai, pris-tu onc tel plaisir d'ouïr lire
Les louanges d'un prince ou de quelque cité,
Qu'ouïr un Marc Antoine à mordre exercité
Dire cent mille mots qui font mourir de rire ?

S'il est donques permis, sans offense d'aucun,
Des moeurs de notre temps deviser en commun,
Quiconque me lira m'estime fol ou sage :

Mais je crois qu'aujourd'hui tel pour sage est tenu,
Qui ne serait rien moins que pour tel reconnu,
Qui lui aurait ôté le masque du visage.




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12/06/2004

" Je ne sais plus, je ne veux plus" in Romances, de Margherite Desbordes-Valmore

 
Je ne sais plus d'où naissait ma colère ;
Il a parlé... ses torts sont disparus ;
Ses yeux priaient, sa bouche voulait plaire :
Où fuyais-tu, ma timide colère ?
Je ne sais plus.

Je ne veux plus regarder ce que j'aime ;
Dès qu'il sourit tous mes pleurs sont perdus ;
En vain, par force ou par douceur suprême,
L'amour et lui veulent encor que j'aime ;
Je ne veux plus.

Je ne sais plus le fuir en son absence,
Tous mes serments alors sont superflus.
Sans me trahir, j'ai bravé sa présence ;
Mais sans mourir supporter son absence,
Je ne sais plus !



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09/06/2004

" Pensées Erotiques " de MM (voir Blog Sentimental... Lui)

Mes lèvres, assoiffées de toi, caressent tes yeux à moitié fermés.

Cheminant sur ton visage en passant par ton front bronzé.

Elles redescendent sur ta joue au duvet de pêche pour mieux s'attarder.

A présent, elles frôlent tes lèvres pour faire monter la fièvre.

Remontant sur l'autre joue pour atteindre le lobe de ton oreille.
Mes lèvres excitées appellent à l'aide mes dents pour te mordiller.

Je peux ressentir le frisson qui te transperce et te pousse à me demander de continuer.

Mon exploration me mène jusqu'à ton cou que tu me tends allègrement.

Ton parfum enivrant, me transporte dans un champ de blé en été.

Je plane au-dessus de toi pour mieux te retrouver.

Mes lèvres attirées par ton corps à explorer glissent sur ta peau comme la soie sauvage encore vierge de pureté.

La rondeur de tes seins attise mon appétit de découverte et me conduit dans des dunes inexplorées.

Sur ton ventre, je découvre quelques grains de beauté que, délicatement, je me presse d'embrasser.

Au hasard d'une courbe, un nouveau frisson passe et je m'applique à le faire durer.

Je suis attiré par ton triangle d'or et du diable qui tentent de me piéger.

Mais, j'ai gagné, j'ai su lui résister et peux commencer à glisser sur la peau de tes cuisses si fruitées.

Je pourrais parcourir encore et encore ton corps de mes lèvres, faire des kilomètres en glissant sur ta peau si douce et colorée sans jamais m'arrêter.

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04/06/2004

" Nous verrons " de François-René de Châteaubriand (1768-1848)

Le passé n'est rien dans la vie,
Et le présent est moins encor ;
C'est à l'avenir qu'on se fie
Pour donner joie et trésor.
Tout mortel dans ses yeux devance
Cet avenir où nous courrons ;
Le bonheur est espérance ;
On vit, en disant : nous verrons.

Mais cet avenir plein de charmes,
Qu'en est-il lorsqu'il est arrivé ?
C'est le présent qui, de nos larmes,
Matin et soir est abreuvé !
Aussitôt que s'ouvre la scène
Qu'avec ardeur nous désirons,
On bâille, on la regarde à peine ;
On vit, en disant : nous verrons.

Ce vieillard penche vers la terre :
Il touche à ses derniers instants ;
Y pense-t-il ? Non : il espère
Vivre encore soixante-dix ans.
Un docteur, fort d'expérience,
Veut lui prouver que nous mourrons ;
Le vieillard rit de la sentence
Et meurt, en disant : nous verrons.

Valère et Damis n'ont qu'une âme,
C'est le modèle des amis.
Valère en un malheur réclame
La bourse et les soins de Damis :
" Je viens à vous, ami si tendre,
Ou ce soir au fond des prisons...
- Quoi ! ce soir même ? - On peut attendre.
Revenez demain : nous verrons. "

Nous verrons est un mot magique
Qui sert dans tous les cas fâcheux.
Nous verrons, dit le politique ;
Nous verrons, dit le malheureux.
Les grands hommes de nos gazettes,
Les rois du jour, les fanfarons,
Les faux amis, les coquettes,
Tout cela vous dit : nous verrons.


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03/06/2004

" Il est certains esprits... " in Chant I de Nicolas Boileau

Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d'un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain, vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre ou le tour vicieux :
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.

Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d'une folle vitesse :
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d'esprit que peu de jugement.
J'aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. [...]

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02/06/2004

" Un peu d'Erotisme, oserais-je ? " de NEIGE (cfr Blog)

L'archet de mes doigts,
Tirera de ta chair,
Comme d'un violon,
Des soupirs d'abandon.
Je jouerai de ton corps,
Comme on joue de la guitare,
Je trouverai les accords,
Qui feront de toi,
Un homme sans armure,
Un homme sans blessure,
Et qui te laisseront sur les rives,
D'un nouveau paradis.
 
Au fond de l'amour,
Mon ventre, ma bouche,
T'arracheront les plaintes primaires,
Là, où nos âmes-soeurs,
Se fondent en corps-frères.
Je me noierai dans tes yeux
Quand ils chavirent,
Pour violer tes rêves en feu,
Et savoir dans quel pays,
Tu te sauves à l'instant vertigineux,
Où tout bascule en symphonie.
 
Je te volerai les mots doux,
Et parfois cruels,
Que tu n'as jamais dit entre tous,
Ceux qui ne se murmurent,
Que dans l'oubli du futur,
Alors je te laisserai aussi vide,
Et aussi limpide,
Qu'irréel...

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01/06/2004

" Appel à l'Aide " de Martine Loiselle

Personne triste
Regard sinistre
Vie boulversée
Enthousiasme effacé.

Embrouillée de noir
Volonté de ne rien voir
De ne point parler
De ne rien régler.

Problèmes empilés
Émotions mal gérées
Un tout petit malheur
Peut être élément déclencheur.

Puis un jour tout d'un coup
Sourire fendu jusqu'au cou
Elle décide de dissimuler son chagrin
Pour montrer aux autres qu'elle va bien.

Mais le soir
Entourée de noirceur
Voulant enlever sa peine
Elle décida de se trancher les veines.

18:22 Écrit par Titevie | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |