25/04/2004

"Tu t'en vas, ma Vie!" de Franz Seguin

Tant d’années, tant de mois, tant de semaines,
À partager la même intimité,
À descendre sur ton fleuve sacré,
À écouter le chant de tes fontaines.

Je t’ai connue aussitôt la naissance
Et dès le premier jour je t’ai aimée
En cet amour y eut-il plus lié
Que nos deux âmes dans la même transe

Dans nos regards tu vivais mes alarmes
De tes envols je me suis enivré
Si j’avais mal à ma peau d’écorché
Tu entourais mon malheur de tes charmes

Voilà que dans ton courant tu me traînes
Moi qui me mets à ramer vers l’amont
Tu gonfles sans cesse mon artimon
Voilà que vers l’océan tu m’entraînes

Je file à toute allure, à perdre haleine
Sur ton onde tu me portes, ma Vie!
Tu souffles dans mes voiles sans répit
De plus en plus dans le temps qui s’égrène

Des vautours nous survolent au passage
Les nuages rougissent de leur sang
Comment empêcher cet acharnement
Qui appelle sans cesser au naufrage

Or me voilà perdu parmi tes îles,
Pour ancrer mon esquif, plus de haut-fond
Rien que l’abîme aux quatre horizons
Alors que Toi, tu continues tranquille

Tu continues, ma Vie, si versatile
Tu continues et je me blesse à toi
Enseveli au milieu de ces draps
Où je t’enserre dans mes bras fébriles

Car tu iras respirer immortelle
Entre les lèvres nouvelles de qui
T’appelleras au sortir de sa nuit
Et tu me délaisseras, Infidèle

Dans ma demeure, éternelle jeunesse
Tout près de moi, maintenant tu t’ennuies
Tu me trahis, tu me quittes, ma Vie
Tu t’en vas! Tu t’en vas! Et moi je suis!

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21/04/2004

"Stances" de Alexandre Pouchkine

Avez-vous vu la tendre rose,
L'aimable fille d'un beau jour,
Quand au printemps à peine éclose,
Elle est l'image de l'amour ?

Telle à nos yeux, plus belle encore,
Parut Eudoxie aujourd'hui :
Plus d'un printemps la vit éclore,
Charmante et jeune comme lui.

Mais, hélas ! les vents, les tempêtes
Ces fougueux enfants de l'hiver,
Bientôt vont gronder sur nos têtes,
Enchaîner l'eau, la terre et l'air.

Et plus de fleurs et plus de rose,
L'aimable fille des amours
Tombe fanée, à peine éclose :
Il a fui, le temps des beaux jours !

Eudoxie, aimez ! Le temps presse ;
Profitez de vos jours heureux
Est-ce dans la froide vieillesse
Que de l'amour on sent les feux !



21:39 Écrit par Titevie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

"Semper Eadem" de Charles Baudelare, in Les Fleurs du Mal

 
" D'où vous vient, disiez-vous, cette tristesse étrange,
Montant comme la mer sur le roc noir et nu ? "
- Quand notre coeur a fait une fois sa vendange,
Vivre est un mal. C'est un secret de tous connu,

Une douleur très simple et non mystérieuse,
Et, comme votre joie, éclatante pour tous.
Cessez donc de chercher, ô belle curieuse !
Et, bien que votre voix soit douce, taisez-vous !

Taisez-vous, ignorante ! âme toujours ravie !
Bouche au rire enfantin ! Plus encor que la Vie,
La Mort nous tient souvent par des liens subtils.

Laissez, laissez mon coeur s'enivrer d'un mensonge,
Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songe,
Et sommeiller longtemps à l'ombre de vos cils !


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Extrait de "Lucile" de Restif de La Bretonne

 

Chère Lucile, pour conserver un amant, il faut de l’adresse et de la prudence. N’aimez pas, si vous voulez toujours être aimée ; ne prenez jamais avec un amant le ton de la candeur et de la bonté. Il faut vous accoutumer aux airs vifs, étourdis : interrompre en caressant un chien, en parlant à votre perroquet, ou par un éclat de rire, une conversation dont le sentiment s’empare, jamais ne reprocher une absence. Si quelquefois, au milieu de l’ivresse, il vous arrivait de paraître tendre, que ce soit un éclair, qui brille en disparaissant. Mais ce n’est pas tout ; il faut avoir l’art de vous faire un fonds…

 

Une maîtresse devient un objet plus digne d’égards et de soins pour son amant, dès qu’il l’a enrichie. Soyez attentive, ma chère fille, à toujours accorder moins qu’on en vous demandera ; il est des faveurs qu’il faut avoir l’adresse de laisser ravir; elles perdent trop de leur prix lorsqu’elles sont consenties. Je ne vous recommande pas encore de paraître insensible ; vous êtes trop jeune pour cela: quand deux ou trois années d’usage vous aurons aguerrie, il vous sera permis d’affecter des distractions dédaigneuses.

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14/04/2004

"Les Enfants qui s'Aiment..." de Jacques Prévert

Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s'aiment
Ne sont là pour personne
Et c'est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage leur mépris leurs rires et leur envie
Les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l'éblouissante clarté de leur premier amour.

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"Résignation" de Gérard de Nerval, in "Poésies Diverses"

Quand les feux du soleil inondent la nature,
Quand tout brille à mes yeux et de vie et d'amour,
Si je vois une fleur qui s'ouvre, fraîche et pure,
Aux rayons d'un beau jour ;

Si des troupeaux joyeux bondissent dans la plaine,
Si l'oiseau chante au bois où je vais m'égarer,
Je suis triste et de deuil me sens l'âme si pleine
Que je voudrais pleurer.

Mais quand je vois sécher l'herbe de la prairie,
Quand la feuille des bois tombe jaune à mes pieds,
Quand je vois un ciel pâle, une rose flétrie
En rêvant je m'assieds.

Et je me sens moins triste et ma main les ramasse,
Ces feuilles, ces débris de verdure et de fleurs.
J'aime à les regarder, ma bouche les embrasse...
Je leur dis : O mes soeurs !

N'est-elle pas ma soeur cette feuille qui tombe,
Par un souffle cruel brisée avant le temps ?
Ne vais-je pas aussi descendre dans la tombe,
Aux jours de mon printemps ?

Peut-être, ainsi que moi, cette fleur expirante,
Aux ardeurs du soleil s'ouvrant avec transport,
Enferma dans son sein la flamme dévorante
Qui lui donna la mort.

Il le faut, ici-bas tout se flétrit, tout passe.
Pourquoi craindre un destin que chacun doit subir ?
La mort n'est qu'un sommeil. Puisque mon âme est lasse,
Laissons-la s'endormir.

Ma mère !... Oh ! par pitié, puisqu'il faut que je meure,
Amis, épargnez-lui des chagrins superflus,
Bientôt elle viendra vers ma triste demeure,
Mais je n'y serai plus.

Et toi, rêve adoré de mon coeur solitaire,
Belle et rieuse enfant que j'aimais sans espoir,
Ton souvenir en vain me rattache à la terre ;
Je ne dois plus te voir.

Mais si pendant longtemps, comme une image vaine,
Mon ombre t'apparaît... oh ! reste sans effroi :
Car mon ombre longtemps doit te suivre, incertaine
Entre le ciel et toi.


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"Désirs" de Guy de Maupassant, in "Des Vers"


Le rêve pour les uns serait d'avoir des ailes,
De monter dans l'espace en poussant de grands cris,
De prendre entre leurs doigts les souples hirondelles,
Et de se perdre, au soir, dans les cieux assombris.


D'autres voudraient pouvoir écraser des poitrines
En refermant dessus leurs deux bras écartés ;
Et, sans ployer des reins, les prenant aux narines,
Arrêter d'un seul coup les chevaux emportés.

Moi ; ce que j'aimerais, c'est la beauté charnelle :
Je voudrais être beau comme les anciens dieux,
Et qu'il restât aux coeurs une flamme éternelle
Au lointain souvenir de mon corps radieux.

Je voudrais que pour moi nulle ne restât sage,
Choisir l'une aujourd'hui, prendre l'autre demain ;
Car j'aimerais cueillir l'amour sur mon passage,
Comme on cueille des fruits en étendant la main.

Ils ont, en y mordant, des saveurs différentes ;
Ces arômes divers nous les rendent plus doux.
J'aimerais promener mes caresses errantes
Des fronts en cheveux noirs aux fronts en cheveux roux.

J'adorerais surtout les rencontres des rues,
Ces ardeurs de la chair que déchaîne un regard,
Les conquêtes d'une heure aussitôt disparues,
Les baisers échangés au seul gré du hasard.

Je voudrais au matin voir s'éveiller la brune
Qui vous tient étranglé dans l'étau de ses bras ;
Et, le soir, écouter le mot que dit tout bas
La blonde dont le front s'argente au clair de lune.

Puis, sans un trouble au coeur, sans un regret mordant,
Partir d'un pied léger vers une autre chimère.
- Il faut dans ces fruits-là ne mettre que la dent :
On trouverait au fond une saveur amère.

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"Je vis, je meurs..." de Louise Labé, in Sonnets

 
Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.


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13/04/2004

"Démon du Miroir" de Yohan Pinto

 

Quand je me dresse devant toi,
Mon miroir au reflet froid,
Je vois dans l’ombre de mon âme,
Un homme très différent,

Qui pleure certaines femmes,
Dont j’ai été amant,
Je peux tourner la page,
Sans refermer le livre,

Oublier cette rage,
Bouillonnante qui me rend ivre,
Dans chacun de mes sourires,
je vois le chagrin,

De tous les souvenirs,
De ma vie de libertin,
Un peu de nostalgie,
Quand je me vois vieillir,

Il n’y a pas de magie,
Contre tous les vampires,
Qui sucent le sang de mes sentiments,
Pour se nourrir de mes tourments,

Miroir ne me ment pas!
Révèle moi ma tristesse,
Sans masquer ma détresse,
Miroir ne me regarde pas.


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10/04/2004

I , Lettre L de Julie, in "Julie" ou "La Nouvelle Héloïse" de Rousseau

 
Ne vous y trompez pas, mon ami; rien n'est si dangereux pour les vrais amants que les préjugés du monde; tant de gens parlent d'amour, et si peu savent aimer, que la plupart prennent pour ses pures et douces lois les viles maximes d'un commerce abject, qui, bientôt assouvi de lui-même, a recours aux monstres de l'imagination et se déprave pour se soutenir. (...)

Non, il n'y a rien d'obscène que la débauche et son grossier langage. Le véritable amour toujours modeste n'arrache point ses faveurs avec audace; il les dérobe avec timidité. Le mystère, le silence, la honte craintive, aiguisent et cachent ses doux transports. Sa flamme honore et purifie toutes ses caresses; la décence et l'honnêteté l'accompagnent au sein de la volupté même, et lui-même sait tout accorder aux désirs sans rien ôter à la pudeur.

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09/04/2004

Sonnet 36 de William Shakespeare

Laisse-moi dire que nous deux devons être deux, bien que nos amours indivisés soient un : ainsi ces taches noires qui demeurent en moi, sans ton aide, devront être portées par moi.

En nos amours il n'est qu'une seule intention, malgré que dans nos vies soit un mal qui sépare, et bien que n'altérant l'efficace d'amour, dérobe des temps doux aux plaisirs de l'amour.

Il ne m'est pas permis de toujours te connaître, de peur que mon péché pleuré te fasse honte ;
Tu ne peux m'honorer de publique bonté sans prendre cet honneur-là sur ton nom ;
Ne le fais point ; je t'aime en telle sorte que toi étant mon bien, mien est ton bon renom.


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08/04/2004

"Donnez-lui la Passion" de Linda Lemay

Donnez-lui la passion, donnez-lui ce qui fait,
Que quand tout est bidon, quelque chose reste vrai,
Donnez-lui cette flamme, qui ne s'éteint jamais,
Qui survit même aux drames, les plus longs, les plus laids.

Donnez-lui la passion, avant de m'inviter,
Dans votre grande maison, dans votre éternité,
Ce sera sa bouée, son instinct de survie,
Quand j'irai vous r'trouver, dans votre paradis.

Donnez-lui la passion, creusez-lui l'appétit,
Pour qu'elle ait des raisons, de mordre dans sa vie.

Si vous prenez la mienne, donnez-lui au moins ça,
Pour soulager sa peine, pour remplacer ma voix
Quand ma jeune malheureuse, cherchera le sommeil
Que j'chanterai sa berceuse, du haut de vot' soleil

Donnez-lui la passion, pour qu'elle tende l'oreille,
Qu'elle entende ma chanson, et qu'elle s'en émerveille,
Donnez-lui la passion, pour qu'elle s'y accroche,
Si le monde est trop con, si la vie est trop moche.

Donnez-lui la passion, la passion qui transporte,
Qui lui fera comme un pont, au-dessus de sa mère morte,
Si je m'en vais si tôt, qu'j'la verrai pas grandir,
Donnez-lui ce cadeau, qui l'empêchera d'mourir.

J'voudrais pas qu'elle s'ennuie, j'voudrais pas qu'elle m'en veuille,
Elle a l'coeur trop petit, pour porter mon gros deuil.
Donnez-lui la passion, pour qu'elle ait le cœur gros,
Et puis la permission, d'éclater en sanglots.
Donnez-lui la passion, pour qu'elle ait le courage,
Pour qu'elle ait une mission, ce sera mon héritage,
Donnez-lui cette richesse, et j'promets de n'pas geindre,
Même s'il faut que j'la laisse, pour aller vous rejoindre.

Ne me faites pas faux bond, c'est tout c'que je vous demande
Donnez-lui la passion, pour qu'elle devienne grande.
Je n'veux pas m'en aller, j'veux vieillir avec elle,
Mais si vous décidez, de m'piéger dans vot'ciel,
Qu'est-ce que vous voudriez, que je fasse de mes ailes,
Si elle peut pas voler, ma petite hirondelle ?
Si jamais j'déménage, sans l'avertir avant,
Que j'pars en coup de vent, vers votre grand nuage,
Que je pars pour de bon, et que je l'abandonne,
Donnez-lui la passion, et faites qu'elle me pardonne.

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07/04/2004

Lettres CXLV in "Les Laisons Dangereuses" de Choderlos de Laclos

Sérieusement, Vicomte, vous avez quitté la Présidente? vous lui avez envoyé la Lettre que je vous avais faite pour elle? En vérité, vous êtes charmant; et vous avez surpassé mon attente! J'avoue de bonne foi que ce triomphe me flatte plus que tous ceux que j'ai pu obtenir jusqu'à présent. Vous allez trouver peut-être que j'évalue bien haut cette femme, que naguère j'appréciais si peu; point du tout: mais c'est que ce n'est pas sur elle que j'ai remporté cet avantage; c'est sur vous: voilà le plaisant et ce qui est vraiment délicieux. Oui, Vicomte, vous aimiez beaucoup Madame de Tourvel, et même vous l'aimez encore; vous l'aimez comme un fou: mais parce que je m'amusais à vous en faire honte, vous l'avez bravement sacrifiée. Vous en auriez sacrifié mille, plutôt que de souffrir une plaisanterie. Où nous conduit pourtant la vanité! Le Sage a bien raison, quand il dit qu'elle est l'ennemie du bonheur.
Où en seriez-vous à présent, si je n'avais voulu que vous faire une malice? Mais je suis incapable de tromper, vous le savez bien; et dussiez-vous, à mon tour, me réduire au désespoir et au Couvent, j'en cours les risques, et je me rends à mon vainqueur.
Cependant si je capitule, c'est en vérité pure faiblesse: car si je voulais, que de chicanes n'aurais-je pas encore à faire! et peut-être le mériteriez-vous? J'admire, par exemple, avec quelle finesse ou quelle gaucherie vous me proposez en douceur de vous laisser renouer avec la Présidente. Il vous conviendrait beaucoup, n'est-ce pas, de vous donner le mérite de cette rupture sans y perdre les plaisirs de la jouissance? Et comme alors cet apparent sacrifice n'en serait plus un pour vous, vous m'offrez de le renouveler à ma volonté! Par cet arrangement, la céleste Dévote se croirait toujours l'unique choix de votre cœur, tandis que je m'enorgueillirais d'être la rivale préférée; nous serions trompées toutes deux, mais vous seriez content, et qu'importe le reste?
C'est dommage qu'avec tant de talent pour les projets vous en ayez si peu pour l'exécution; et que par une seule démarche inconsidérée, vous ayez mis vous-même un obstacle invincible à ce que vous désirez le plus.
Quoi! vous aviez l'idée de renouer, et vous avez pu écrire ma Lettre! Vous m'avez donc crue bien gauche à mon tour! Ah! croyez-moi, Vicomte, quand une femme frappe dans le cœur d'une autre, elle manque rarement de trouver l'endroit sensible, et la blessure est incurable. Tandis que je frappais celle-ci, ou plutôt que je dirigeais vos coups, je n'ai pas oublié que cette femme était ma rivale, que vous l'aviez trouvée un moment préférable à moi, et qu'enfin, vous m'aviez placée au-dessous d'elle. Si je me suis trompée dans ma vengeance, je consens à en porter la faute. Ainsi, je trouve bon que vous tentiez tous les moyens: je vous y invite même, et vous promets de ne pas me fâcher de vos succès, si vous parvenez à en avoir. Je suis si tranquille sur cet objet que je ne veux plus m'en occuper. (...)

Adieu, Vicomte; malgré mes querelles, mes malices et mes reproches, je vous aime toujours beaucoup, et je me prépare à vous le prouver. Au revoir, mon ami.

Du Château de ..., ce 29 novembre 17**.


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"Im Gruenen Zu Zangen" de Hofmannsthal

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Die Liebste sprach: 'Ich halt dich nicht,
Du hast mir nichts geschworn.
Die Menschen soll man halten nicht,
Sind nicht zur Treu geborn.

Zieh deine Straßen hin, mein Freund,
Beschau dir Land um Land,
In vielen Betten ruh dich aus,
Viel Frauen nimm bei der Hand.

Wo dir der Wein zu sauer ist,
Da trink du Malvasier,
Und wenn mein Mund dir sußer ist,
So komm nur wieder zu mir !'


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05/04/2004

Cléopâtre s'animant à son dernier forfait: Acte V Scène I, in "Rodogune" de Corneille

Enfin, grâces aux dieux, j' ai moins d' un ennemi :
La mort de Séleucus m' a vengée à demi.
Son ombre, en attendant Rodogune et son frère,
Peut déjà de ma part les promettre à son père :
Ils le suivront de près, et j' ai tout préparé
Pour réunir bientôt ce que j' ai séparé.
Ô toi, qui n' attends plus que la cérémonie
Pour jeter à mes pieds ma rivale punie,
Et par qui deux amants vont d' un seul coup du sort
Recevoir l' hyménée, et le trône, et la mort,
Poison, me sauras-tu rendre mon diadème ?
Le fer m' a bien servie, en feras-tu de même ?
Me seras-tu fidèle ? Et toi, que me veux-tu,
Ridicule retour d' une sotte vertu,
Tendresse dangereuse autant comme importune ?
Je ne veux point pour fils l' époux de Rodogune,
Et ne vois plus en lui les restes de mon sang,
S' il m' arrache du trône et la met en mon rang.
Reste du sang ingrat d' un époux infidèle,
Héritier d' une flamme envers moi criminelle,
Aime mon ennemie, et péris comme lui.
Pour la faire tomber j' abattrai son appui :

Aussi bien sous mes pas c' est creuser un abîme,
Que retenir ma main sur la moitié du crime ;
Et te faisant mon roi, c' est trop me négliger,
Que te laisser sur moi père et frère à venger.
Qui se venge à demi court lui-même à sa peine :
Il faut ou condamner ou couronner sa haine.
Dût le peuple en fureur pour ses maîtres nouveaux
De mon sang odieux arroser leurs tombeaux,
Dût le Parthe vengeur me trouver sans défense,
Dût le ciel égaler le supplice à l' offense,
Trône, à t' abandonner je ne puis consentir :
Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir ;
Il vaut mieux mériter le sort le plus étrange.
Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me venge !
J' en recevrai le coup d' un visage remis :
Il est doux de périr après ses ennemis ;
Et de quelque rigueur que le destin me traite,
Je perds moins à mourir qu' à vivre leur sujette.


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